Imaginé entre Marseille et Athènes, le projet initié par le percussionniste Bijan Chemirani rassemble des musiciens grecs, occitans, français de souche ou d’origine iranienne, et n’aurait sans doute pas pu naître ailleurs qu’en Europe. Mais ce qui est décrit s’avère un continent plus ouvert que celui existant : la Provence caresse les îles grecques et libère l'Iran de ce qui comprime le souffle libertaire de sa poésie. Oneira est un rêve de mers et de terres qui envoute sans nous perdre. C’est une épopée au sein d’une civilisation où tradition et modernité ne s’affrontent plus en un combat mortel et stérile, mais fusionnent pour créer une musique boisée et liquide, agile et multidirectionnelle.
Autour des voix des chanteuses Maryam Chemirani et Maria Simoglou, Bijan, tiers du trio familial Chemirani et musicien recherché (Sting, Serge Teyssot-Gay, Juan Carmona) a réuni des amis experts en projets musicaux ambitieux. Le flûtiste ney Harris Lambrakis est l’arrangeur de la chanteuse Savina Yannatou, le guitariste et joueur de zarb Kevin Seddiki a officié auprès du bandonéoniste Dino Saluzzi ou du guitariste Al Di Meola, le joueur de vielle Pierlo Bertolino fut le pilier du mythique groupe marseillais Dupain et accompagne le prometteur slameur originaire des Comores Ahamada Smis.
Loin d’être l’argument principal de cette réunion, la virtuosité de l’ensemble se plie en quatre pour laisser la musique respirer et dessiner de nouvelles cartes de navigation. Fondés sur des airs et poèmes traditionnels perses ou helléniques et des compositions originales, Si La Mar célèbre l’union libre de ce sextet d’amis et accueille d’autres fortunés compagnons. Le saxophoniste latino jazz Gilles Grivolla joue le contrepoint du fulgurant chanteur occitan Sam Karpienia sur "Hypnoviellle", et, ensemble ou séparément, un trio de grecs et crétois raffinés (Stelios Petrakis et Socrates Sinopoulos aux cordes frottées et pincées et Yiorgos Makris à la cornemuse gaida) apportent et partagent, eux aussi, leurs sciences du voyage. Roulis et mélancolie, vents favorables et euphorie, le sentiment marin domine et les embruns sculptent des paysages à la fois étranges et familiers.